RETOUR 

HISTOIRE DU VILLAGE
APERCU HISTORIQUE SUR FOURQUES

REVUE CATALANE ANNEE 1907

Tous les villages anciens portant le nom de villa. Que faut-il entendre par ce mot ?
La villa comprenait d'abord la maison du maître, du seigneur local.

Autour de la maison s'élevaient les dépendances, celliers, étables, granges, etc.… et même la chapelle desservie par un prêtre.
Venaient ensuite les terres en tenure: "Villare", distribuées en manses de serfs et des colons. Par la suite, d'autres maisons se sont groupées autour de la villa primitive, pour former un village.

FOURQUES s'est trouvé dans ces conditions.

DE 800 A 1000
Tout est gai dans ce village planté au sein de mille collinettes joliment tentantes comme celles de PASSA, gentille localité voisine. On y remarque des vignes opulentes et des bosquets d'oliviers. On y trouve quelques restes de fortifications féodales car le village de FOURQUES est très ancien. En 845, ARGILA fils du comte BERA, vend la villa de FURCHAS. Peu de temps après, c'est à dire vers 850, une charte royale adressée au monastère de Saint Hilaire de CARCASSONNE, signale la même localité : " et alia cella est in monte Furcato ubbi est ecclésia constructa in honore Sancti Martini ".

Une donation de LOTHAIRE en faveur du monastère de Saint Pierre de RHODES, datée de 982, signale la villa de FORCAS avec une église dédiée, à Saint Michel : " Villa Forcas cun églésia Santi-Michaelis ".

En 993, la comtesse Ermengarde, veuve d'OLIBA-CABRETA n'était pas d'accord avec l'abbé du monastère d'ARLES, sur les limites du fief de TORDERES. Pour mettre fin au différent, on consulte les vieillards de Furchas et de Tapias. Les témoins se réunissent dans l'église de Saint Martin de LLAURO, et prêtent serment sur les reliques des Saints martyrs Abbon et Sennen.

Le terroir de FOURQUES appartenait alors à l'abbaye d'ARLES, l'abbé de ce monastère était également seigneur de TORDERAS.

DE 1000 A 1200

Ainsi lorsque Pierre, évêque d'Elne, consacre l'église de TORDERAS, en 1116, église dédiée à Saint Nazaire, le clergé de Saint Martin de FOURQUES assiste à la cérémonie. Ce clergé comprenait le curé Etienne ARNALDE et le vicaire GERALD.

En, 1188, Robert, abbé d'ARLES, veut fortifier le village de FOURQUES. Alphonse, roi d'ARAGON, lui accorde l'autorisation nécessaire. GAUSBERT, vicomte de CASTELNOU, donne, lui aussi pleins pouvoirs à l'abbé, en 1193.

L'enceinte de castrum était carrée et percée de nombreuses meurtrières. Des fossés profonds l'isolaient complètement. La porte d'entrée, munie de claveaux en marbre, avait pont-levis, herses et mâchicoulis. Elle se trouve à l'angle de la place publique. Toutes les maisons de la localité, étaient enfermées dans l'enceinte. En cas d'attaque, on pouvait se défendre avec avantage. Plus tard des maisons furent construites en dehors du castrum. Elles étaient placées "dins lo barrys del lloc ". L'église actuelle s'est trouvée dans ces conditions.
chateau FOURQUES

DE 1200 A 1500
Bérenger de CASTELNOU, avait des biens dans le territoire de Saint Martin de FOURQUES. Ils étaient placés à l'endroit appelé "Villarium dabret". Le 12 des calendes de Mars 1226, il les donne à la milice du temple.

A son tour, Raymond LLAURO, clerc d'ELNE, n'oublie pas dans son testament l 'abbaye de Sainte Marie d'ARLES. Le 5 des ides de mai 1235, il lui abandonne tout ce qu'il possède dans la paroisse de Saint Martin de FOURQUES.

Au commencement du XIVème siècle, deux bénéfices avaient été fondés dans l'église paroissiale de FOURQUES. Le fondateur du second, était Pierre de VILLACLARA, prêtre également originaire de la même localité. Le 26 juin 1362, le procureur royal accorde à plusieurs prêtres de CERET, parmi lesquels figurent Arnal CALVET et Guillaume CALVET, le pouvoir de composer et d'amortir les revenus de ces bénéfices. Peu de temps après PONS CANOES, fonda également un bénéfice dans l'église paroissiale de Saint Martin. Le 8 Octobre 1440, Jaubert LUPPETI, prêtre de FOURQUES, était titulaire de ces bénéfices.

Deux mois plus tard, le 13 Décembre 1440, Blanche, épouse de Raymond AUSER, de TORDERES, paroisse de FOURQUES, désigne pour lieu de sépulture le cimetière de Saint Martin et lui laisse un sou pour les ornements de l'autel de la Sainte Vierge, érigé dans l'église de FOURQUES. Le 7 Mars 1443, Bernard CONIL, déclare aussi qu'il veut être enterré dans le cimetière de Saint Martin. Il lègue un petit revenu au bénéfice fondé par PONS CANOES.

Au mois de Décembre 1449, Jaubert LUPPETI, possédait encore ce bénéfice. Il eut des difficultés avec le curé de la paroisse à propos d'une cérémonie publique où le curé revendiquaient ses droits de présence, même dans les cérémonies particulières à chaque bénéfice. Sur les autres bénéfices, l'accord ne tarda pas à se faire, grâce à l'intervention prudente de Pierre BOYSSI, qui était alors prêtre bénéficier.

Il est curieux de constater, que les fidèles de la paroisse de FOURQUES, paroisse qui comptait à peine 300 habitants, affectaient au bonheur, le revenu de leurs biens à la fondation de leurs piétés. Trois bénéfices existaient déjà, un quatrième fut établi par Julien DOTRES, prêtre originaire de TORDERES. Le 20 Avril 1474, Pierre AGULLO, d'ESTAGEL, était le patron de ce dernier bénéfice. Le titulaire percevait le produit de 2 champs, et d'une vigne située dans le voisinage de l'église Saint Nazaire de TORDERES. Celle-ci possédait une chapelle dont le desservant portait le nom du chapelain. A cette dignité étaient affectés des revenus assez importants.

DE 1500 A LA REVOLUTION
Le 6 Novembre 1546, Jacques CRES, prêtre bénéficier de l'église Saint Jacques de PERPIGNAN, afferme cette chapellerie à Raymond SOLINNYAC, prêtre à FOURQUES.

L'abbé d'ARLES, en sa qualité de seigneur, avait autorisé la construction d'un moulin à farine, dans le territoire de FOURQUES. Situé au lieu dit Las Cobas, ce moulin existait au commencement du XIVème siècle. Il était limité : à l'orient, par les propriétés de Michel PARAHI de PASSA, à l'occident par la rivière du REART. Une reconnaissance féodale de ce moulin, est faite à l'abbé d'ARLES le 19 Février 1594, par Pierre Compta, de FOURQUES, et le 9 Mars 1671 par Joseph TARDIU, également de FOURQUES. Barthélémy TRILLES, pagès de PASSA, acheta ce moulin, le 26 Février 1696, à Emmanuel CAVALLER, pour la somme de 1155 livres.

A cette époque, un fabriquant de tuiles, appelé Georges PORTET, originaire de l'ARIEGE, s'était fixé dans le voisinage de FOURQUES. Le 2 Février 1698, il vend à Barthémély TRILLES 1150 tuiles pour couvrir la toiture du moulin à farine de Las Cobas. Le reçu porte la signature du curé de PASSA et du curé de FOURQUES.

Le curé de la paroisse de FOURQUES porte de nom de domer. Il avait sous ses ordres, un ecclésiastique, qui remplissait les fonctions de vicaire. Il y eut donc à FOURQUES, jusqu'à la révolution une petite communauté, composée de quatre prêtres, c'est à dire quatre bénéficiers, y compris le curé et le vicaire.

Des revenus importants, étaient affectés à la rectoria. On signale principalement un vaste champ où se trouvait la chapelle de Saint Vincent.

SAINT VINCENT DE FOURQUES

Au XIVème siècle, la vaillante population de Fourques rendait un culte particulier à Saint Vincent. On y avait élevé ce martyr, une petite, mais élégante chapelle.
Elle était batie à une faible distance du village, dans un coquet vallon délicieusement abrité ; la rivière du Riu major coulait tout près, au milieu des bosquets, et des roseaux.
Des legs étaient faits à la chapelle St Vincent.

Ainsi, le 11 des calendes de Septembre 1339, P Pelicier de Trulas, laisse 2 sous à ce sanctuaire : "Ego P Pelicier de Trullars lego operi sancti Vicenti de Furchi II solidos". Le 9 Octobre 1421, Bernard Corp, prêtre, lègue 5 sous à la même chapelle : "Ego Bernanrdus Corp prébister lego a la iglesia de Sant Vicens de loc de Forques V solidos" ; les donations continuent aux siècles suivants.

sant vicens FOURQUES

Des personnes pieuses, déposent même dans le sanctuaire, de longs et minces cierges de cire enroulés en forme de tourteaux. "Toram cere".
Il fallait en allumer une partie, pendant l'élévation, chaque fois qu'une messe était célébrée dans la chapelle.

Celle-ci depuis la révolution, n'est qu'une ruine. Sera-t-elle relevée dans un avenir prochain? Il faut l'espérer.

Joseph GIBRAT - Publié dans Revue catalane N°7 du 15 Juillet 1907

 


RETOUR A HISTOIRE DU VILLAGE